Hier, j’ai probablement un peu trop forcé au jardin. Pour couper une grosse branche, j’ai dû serrer très fort mon sécateur. J’ai senti une douleur lancinante partir de ma main, remonter dans mon bras et mon épaule, puis jusque dans mon cou.
Quand j’ai eu terminé, j’avais l’impression d’avoir un torticolis. Le soir, certains mouvements provoquaient une douleur vive et, une fois couchée, je n’arrivais pas à trouver une position confortable. J’ai finalement dû me relever pendant la nuit, et mon conjoint m’a badigeonnée d’huile de millepertuis. La douleur s’est calmée suffisamment pour que je puisse enfin dormir.
Ce matin, mon cou, mon épaule et la région de l’omoplate sont encore très sensibles. Je suis franchement limitée dans mes mouvements…
Et c’est là que l’ironie m’a rattrapée. Au programme de ma journée : écrire un texte pour La Clef des Champs. Et devine quel était le sujet? L’arnica!
Quelle synchronicité, quand même!
J’avais tout simplement oublié que mon huile d’arnica m’attendait bien sagement dans l’armoire. Je l’ai donc sortie de l’armoire et j’en ai appliqué sur toute la région douloureuse.
Comme quoi, même les herboristes oublient parfois les petits trésors cachés dans leur propre pharmacie végétale! 😄
Des plantes pour les traumatismes
Après un coup, un effort excessif ou un faux mouvement, plusieurs phénomènes peuvent se produire en même temps.
Les tissus irrités libèrent des messagers inflammatoires, notamment des prostaglandines et des leucotriènes. Ces substances rendent les terminaisons nerveuses plus sensibles : un mouvement normalement anodin peut alors devenir franchement douloureux. Les muscles voisins peuvent aussi se contracter pour protéger la région, ce qui ajoute de la tension. Pendant ce temps, le corps entreprend déjà son travail de réparation.
Cette réaction inflammatoire n’est pas inutile : elle participe à la réparation. L’objectif n’est donc pas nécessairement de la faire disparaître complètement, mais d’en calmer les manifestations lorsqu’elles deviennent trop intenses ou douloureuses.
Toutes les plantes ne travaillent pas exactement de la même façon. Certaines :
- modulent la réaction inflammatoire
- influencent la transmission du signal douloureux
- relâchent les tensions
- soutiennent la réparation des tissus.
C’est ici que la phytochimie devient vraiment pratique : elle nous aide à choisir une plante, mais également la préparation qui permettra d’en extraire les composés recherchés.
Le millepertuis, lorsque la douleur irradie
L’huile de millepertuis est l’une des préparations que j’utilise spontanément lorsque les tissus sont sensibles et que la douleur semble suivre un trajet. Comme c’était le cas cette fois-ci entre ma main, mon bras, mon épaule et mon cou.
Le millepertuis contient notamment de l’hyperforine. Dans des études réalisées en laboratoire, cette molécule a freiné l’activité de deux enzymes participant à la fabrication de messagers inflammatoires : la cyclooxygénase et la 5-lipoxygénase.
On pourrait comparer ces enzymes à deux chaînes de montage. L’une produit des prostaglandines et l’autre, des leucotriènes. Ces molécules participent à la réaction inflammatoire et peuvent rendre les terminaisons nerveuses plus réactives. En ralentissant les chaînes de production, l’hyperforine calme une partie de cette agitation chimique.
Quant à l’hypéricine, souvent associée à la couleur rouge du millepertuis, possède également des activités anti-inflammatoires et antalgiques potentielles.
Mais, ce n’est pas parce qu’une plante contient une molécule qu’on la retrouvera nécessairement dans tous les types de préparations… L’hyperforine possède une bonne affinité pour l’huile, mais elle demeure très sensible à la lumière et à l’oxydation. La méthode de préparation et de conservation influencent fortement la composition du produit et son efficacité.
Cela étant dit, l’huile est facile à étendre sur une grande région, sans avoir à masser vigoureusement. Et heureusement, parce que cette nuit-là, mon épaule n’avait vraiment aucune envie de se faire pétrir!
L’arnica, après un effort ou un faux mouvement
L’arnica me vient plutôt en tête lorsqu’une douleur apparaît à la suite d’un coup. Pourtant, elle peut aussi être intéressante lorsque des muscles, des ligaments ou des articulations ont été mis à rude épreuve.
Ses principaux composés anti-inflammatoires sont des lactones sesquiterpéniques, notamment les dérivés de l’hélénaline et de la dihydrohélénaline.
L’hélénaline peut freiner l’activation de NF-κB, une sorte d’interrupteur qui commande aux cellules de produire différents messagers inflammatoires. Lorsque cet interrupteur est fortement activé, le signal prend de l’ampleur : davantage de messagers sont libérés et la douleur peut augmenter.
L’arnica ne « replace » pas un muscle et ne « répare » pas instantanément une entorse. Ses composés agissent sur la cascade inflammatoire déclenchée par le traumatisme.
Ici encore, la préparation compte. Une teinture hydroalcoolique et un macérat huileux n’extraient pas exactement les mêmes proportions de composés. C’est une nuance importante… que je vais garder pour une autre fois, sinon ce petit article risque de se transformer en cours complet de phytochimie! 😄
L’arnica est réservé à l’usage externe seulement. On l’applique uniquement sur une peau intacte et on l’évite en cas d’allergie connue aux plantes de la famille des Astéracées.
Pour mon application, j’ai mélangé mon huile de millepertuis et mon huile d’arnica à parts égales. J’ai étendu le mélange sur toute la région sensible, sans masser les tissus en profondeur. C’est plus efficace si on répète deux à trois fois dans la journée.
Qu’aurais-je pu utiliser d’autre?
L’arnica et le millepertuis ne sont évidemment pas les seules plantes intéressantes après un petit traumatisme.
La consoude pour soutenir la réparation
La consoude (Symphytum officinale) est traditionnellement utilisée après une contusion, une entorse ou une blessure touchant les muscles et les articulations. Son onguent fait d’ailleurs partie des préparations que j’apprécie particulièrement.
Elle contient notamment de l’allantoïne associée à la réparation des tissus. Ainsi que de l’acide rosmarinique qui participe à son action anti-inflammatoire. Comme l’allantoïne possède peu d’affinité pour l’huile, la méthode de préparation de l’onguent aura une grande influence sur sa composition.
Pour profiter davantage des effets de l’allantoïne, la compresse de consoude représente aussi une option particulièrement intéressante.
Encore une fois, choisir la plante ne suffit pas : la façon de la préparer compte énormément.
Elle s’emploie uniquement sur une peau intacte, tout comme l’arnica.
La menthe poivrée pour modifier le signal douloureux
Quelques gouttes d’huile essentielle de menthe poivrée (Mentha x piperita) auraient pu être ajoutées à l’huile de massage. Son principal composé, le menthol, active les récepteurs TRPM8, sensibles au froid. Il produit ainsi une sensation rafraîchissante qui vient modifier temporairement la perception de la douleur.
L’huile essentielle de menthe poivrée agit surtout sur la manière dont la douleur est transmise et ressentie. Une dilution à 2%, soit 0,2 ml (4 gts) / 10 ml d’huile végétale convient pour une application locale. Elle doit toujours être diluée dans l’huile et tenue loin des yeux et des muqueuses.
La lavande lorsque la tension s’en mêle
La lavande vraie (Lavandula angustifolia) contient principalement du linalol et de l’acétate de linalyle. Ces composés agissent davantage sur l’excitabilité du système nerveux et sur la détente que sur la lésion elle-même.
Je la vois donc comme une accompagnatrice. Elle peut être intéressante lorsque les muscles demeurent crispés pour protéger la région ou lorsque l’inconfort empêche de se détendre et de dormir.
Le thé des bois pour freiner les prostaglandines
Au Québec, nous connaissons bien le thé des bois (Gaultheria procumbens), aussi appelé gaulthérie couchée. Son huile essentielle est composée presque entièrement de salicylate de méthyle, généralement à plus de 95 %.
Le salicylate de méthyle agit de deux façons complémentaires.
Appliquée sur la peau, elle stimule les terminaisons nerveuses sensorielles et produit une sensation de chaleur. Ce nouveau message sensoriel entre en quelque sorte en compétition avec les signaux provenant des muscles ou des articulations, ce qui peut temporairement diminuer la perception de la douleur.
Après avoir traversé la peau, une partie de cette molécule est transformée en acide salicylique, un composé de la famille de l’aspirine. Celui-ci freine des enzymes participant à la production des prostaglandines, des messagers qui contribuent à l’inflammation et sensibilisent les récepteurs de la douleur.
Le thé des bois agit donc à la fois sur la perception du signal douloureux et sur certains mécanismes qui l’amplifient. Il ne bloque toutefois pas complètement l’inflammation et ne répare pas la blessure à sa source.
Mais sa puissance vient avec une liste de précautions beaucoup plus longue. L’huile essentielle de thé des bois doit être soigneusement diluée et ne doit jamais être avalée. Elle est déconseillée aux enfants, pendant la grossesse et l’allaitement, ainsi qu’aux personnes allergiques à l’aspirine ou ceux qui prennent des anticoagulants. On évite de l’appliquer sur de très grandes surfaces de peau.
Pour une utilisation ponctuelle et localisée chez l’adulte, on recommande une dilution à 10 % : 1 ml (environ 20 gts) / 9 ml d’huile végétale. Pendant un maximum de 8 à 10 jours.
Lorsque la région à couvrir est plus étendue, comme l’ensemble du cou, de l’épaule et de l’omoplate, je préfère réduire la concentration à 5 % : 0,5 ml (environ 10 gts) / 9,5 ml d’huile végétale.
Je ne la combinerais pas automatiquement avec les plantes ci-haut mais c’est un outil très pratique quand on est mal en point !
La plante ne fait pas tout : la préparation compte aussi
Devant une douleur musculaire, la meilleure question n’est pas seulement : « Quelle plante puis-je utiliser? »
Il faut aussi se demander :
- Est-ce surtout la réaction inflammatoire qui domine?
- La douleur semble-t-elle suivre un trajet?
- Les muscles sont-ils tendus?
- Est-ce le soulagement immédiat ou la réparation des tissus que je cherche à soutenir?
- Les molécules qui m’intéressent se retrouvent-elles réellement dans la préparation que j’ai choisi?
C’est précisément ce que la phytochimie nous permet de comprendre. Pas pour rendre l’utilisation des plantes plus compliquée, mais pour éviter de choisir une préparation simplement parce que son nom semble convenir.

Et si tu choisissais mieux tes préparations?
Dans mon guide Préparer les plantes médicinales – 7 techniques indispensables, je t’aide à mieux comprendre les principales méthodes de préparation, à éviter les erreurs courantes et à choisir plus facilement celle qui convient à la plante que tu souhaites utiliser.
Et parfois, bien sûr, le premier défi consiste simplement à se rappeler ce qui dort dans notre armoire!
Soulager la douleur ne suffit pas toujours
Les plantes peuvent contribuer à calmer la réaction inflammatoire, modifier la perception de la douleur, détendre les tensions ou soutenir la réparation des tissus. Elles ne permettent toutefois pas de déterminer si la blessure touche principalement un muscle, un tendon, un ligament, une articulation ou un nerf.
Surtout, ressentir moins de douleur ne signifie pas nécessairement que la région a retrouvé sa mobilité, sa force et son fonctionnement normal.
Les préparations herbales devraient donc être utilisées en complément des autres soins nécessaires. Selon la situation : massothérapeute, ostéopathe, chiropraticien ou un autre praticien qualifié peut contribuer à l’évaluation ou au rétablissement. 😉
Références
A. Koeberle et coll. Hyperforin, an Anti-Inflammatory Constituent from St. John’s Wort, Inhibits Microsomal Prostaglandin E2 Synthase-1 and Suppresses Prostaglandin E2 Formation in vivo. Frontiers 2011.
G Lyss et coll. Helenalin, an anti-inflammatory sesquiterpene lactone from Arnica, selectively inhibits transcription factor NF-kappaB. Biol. Chem, 1997.
J V Pergolizzi et coll. The role and mechanism of action of menthol in topical analgesic products. J Clin Pharm. Ther., 2018.
PasseportSanté. Huile essentielle de gaulthérie couchée.

