Passiflore et système nerveux

Passiflore incarnata, plante médicinale pour l'anxiété et l'insomnie

La passiflore (Passiflora incarnata) est utilisée pour calmer la nervosité, l’agitation et favoriser le sommeil. Mais lorsqu’on essaie de comprendre pourquoi elle agit sur le système nerveux, les choses sont moins simples.

Et c’est justement une question que je me pose en ce moment puisque je cultive Passiflora incarnata dans ma serre.

Trois grandes pistes sont proposées pour expliquer les effets de la passiflore sur le système nerveux : les flavonoïdes, le GABA et les harmanes. Mais est-ce que ces composés jouent réellement un rôle important? Et si oui, lequel?
Je te propose de les regarder un par un.

Passiflore contre l’anxiété et l’insomnie : comment l’utiliser

Espèces de passiflore

Quand on parle de passiflore médicinale, on fait surtout référence à Passiflora incarnata.

Il ne faut pas la confondre avec :

  • Passiflora caerulea, la passiflore bleue souvent cultivée comme plante ornementale
  • Passiflora edulis, l’espèce qui produit généralement les fruits de la passion.

En herboristerie, on utilise les parties aériennes de Passiflora incarnata : les feuilles, les tiges tendres et les fleurs.

La période juste avant et pendant la floraison est particulièrement intéressante pour la récolte, parce que certains flavonoïdes atteignent leur pic de concentration.

On peut utiliser la plante fraîche ou séchée. La préparation la plus simple reste l’infusion. Les références officielles proposent environ 1 à 2 g de plante séchée par tasse.

Personnellement, lorsque j’ai accès à ma passiflore fraîche, j’utilise plutôt les parties aériennes fraîchement coupées.

Utilisations médicinales de la passiflore

Passiflora incarnata est surtout utilisée pour calmer la nervosité, l’agitation et les états de tension nerveuse, ainsi que pour favoriser le sommeil. Elle peut être intéressante lorsqu’on a de la difficulté à décrocher, que le mental reste très actif ou que le stress complique l’endormissement.

Elle est particulièrement intéressante lorsque le stress ou l’anxiété légère compliquent l’endormissement ou entretiennent une sensation de tension intérieure. Son usage traditionnel est aussi associé aux troubles légers du sommeil et à l’insomnie occasionnelle. Certaines études cliniques ont observé des améliorations de la qualité ou de la durée du sommeil, ainsi que des effets sur l’anxiété, mais les résultats varient selon les préparations utilisées.

La passiflore n’est donc pas seulement une « plante du soir ». Elle peut aussi être utilisée dans la journée lorsqu’on cherche à calmer une nervosité ou une agitation passagère, tout en gardant en tête qu’elle peut être sédative chez certaines personnes.

Phytochimie de la passiflore

En préparant ma vidéo sur la passiflore, je me suis posé une question très concrète : quelle est la meilleure façon de la préparer lorsqu’on cherche surtout ses effets sur la nervosité et le sommeil?

Infusion? Teinture? Plante fraîche ou séchée?

Je suis donc retournée aux études phytochimiques en pensant trouver une réponse assez simple : identifier les principaux constituants actifs, regarder dans quel solvant ils sont les mieux extraits… et en déduire la préparation la plus intéressante.

Mais je suis rapidement tombée sur une impasse.

Une étude qui comparait plusieurs extraits de Passiflora incarnata montrait bien que la méthode de préparation changeait leur composition. Certains extraits étaient plus riches en flavonoïdes, d’autres en GABA. Pourtant, la quantité de ces composés ne permettait pas de prédire les effets observés chez l’animal.

Autrement dit, il ne suffisait pas de trouver l’extrait contenant « le plus » de GABA ou de flavonoïdes pour conclure qu’il serait le plus intéressant pour calmer le système nerveux.

C’est là que ma question a changé.

Au lieu de chercher simplement la meilleure préparation, j’ai voulu comprendre : quels constituants pourraient réellement contribuer aux effets de la passiflore?

Flavonoïdes : les premiers suspects

La passiflore contient plusieurs flavonoïdes, une grande famille de composés phénoliques. Ils font partie des constituants les plus étudiés de la plante.

La méthode de préparation influence toutefois beaucoup la quantité que l’on extrait. Dans une étude comparant plusieurs extraits de Passiflora incarnata, les extractions réalisées à chaud contenaient beaucoup plus de flavonoïdes que celles effectuées à froid.

Voilà déjà une information très concrète : l’infusion chaude est une bonne façon d’extraire les flavonoïdes de la passiflore.

Mais les flavonoïdes ne semblent pas expliquer à eux seuls les effets de la plante.

GABA directement dans la plante?

C’est probablement la piste qui m’a le plus intriguée.

Passiflora incarnata contient du GABA, un neurotransmetteur qui contribue à diminuer l’excitabilité de notre système nerveux.

Des chercheurs ont même montré qu’en laboratoire, le GABA présent dans certains extraits de passiflore pouvait agir directement sur les récepteurs du GABA dans les neurones.

À ce stade, on pourrait être tenté de se dire : on a trouvé notre responsable!

J’aurais moi-même misé sur le GABA.

Sauf que lorsque les chercheurs ont comparé différents extraits chez l’animal, la quantité de GABA ne permettait pas de prédire les effets observés. Même chose pour les flavonoïdes.

Autrement dit, plus de GABA ne signifie pas automatiquement plus d’effet calmant.

L’histoire est donc plus complexe.

Harmanes : une piste peu convaincante

Une troisième famille de composés revient souvent lorsqu’on parle des principes actifs de la passiflore : les harmanes.

Les harmanes ont longtemps été proposés comme principes actifs de la passiflore parce qu’ils possèdent des effets sur le système nerveux. Des chercheurs les ont même testés séparément, aux côtés des extraits complets de Passiflora incarnata.

Mais il y a un problème : ils semblent être présents dans la plante en quantités extrêmement faibles, parfois même indétectables.

Leur activité pharmacologique est donc intéressante sur le papier, mais leur contribution réelle aux effets de la passiflore est très incertaine. Il devient donc difficile de leur attribuer un rôle majeur.

C’est un bel exemple de ce qui arrive lorsqu’on consulte les études scientifiques plutôt que de simplement recopier une liste de « principes actifs » d’un ouvrage à l’autre.

Et maintenant, j’expérimente

Les études scientifiques nous donnent énormément d’informations, mais les extraits étudiés ne correspondent pas toujours aux préparations que nous utilisons réellement en herboristerie.

Comme j’ai la chance de cultiver Passiflora incarnata cette année, j’ai donc décidé de confronter un peu la littérature à mon expérience concrète de la plante.

Au cours des prochains mois, je vais expérimenter l’infusion et la teinture et observer comment ces deux préparations se distinguent dans mon utilisation.

Je reviendrai mettre cet article à jour lorsque j’aurai suffisamment de recul pour partager mes observations.

Références

Elsas SM et coll. Passiflora incarnata L. (Passionflower) extracts elicit GABA currents in hippocampal neurons in vitro, and show anxiogenic and anticonvulsant effects in vivo, varying with extraction method. Phytomedicine. 2010.

Soulimani R. Behavioural effects of Passiflora incarnata L. and its indole alkaloid and flavonoid derivatives and maltol in the mouse. J of Ethnopharmacology, 1997.

da Fonseca LR et coll. Herbal Medicinal Products from Passiflora for Anxiety: An Unexploited Potential. ScientificWorldJournal. 2020.

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