Tel que mentionné dans mon article sur les 10 utilisations du plantain, le plantain majeur et le plantain lancéolé possèdent des propriétés médicinales remarquables qui méritent d’être explorées. Mais que savez-vous de leurs principes actifs ? Y aurait-il des manières plus efficaces que d’autres pour en profiter ? Plongeons donc dans l’univers atomique du plantain pour voir ce qui s’y cache en étudiant sa phytochimie et extraction des feuilles de plantain.
Reconnaître le plantain
Tel que mentionné, il y a 2 espèces de plantain qui diffèrent par leur apparence. Le plantain majeur a des feuilles ovales presque rondes qui poussent en rosette au niveau du sol. On peut clairement distinguer les nervures de la feuille, même au toucher, elles sont parallèles les unes aux autres. Les fleurs sont réunies sur un long épis verdâtre. Ce plantain pousse sur le sol compacté, on le trouve donc abondamment autour de la maison et dans les sentiers piétinés.
Le plantain lancéolé a des feuilles allongées qui poussent en rosette elles aussi. Les nervures sont tout aussi saillantes, mais les feuilles sont plus tendres que celles du plantain majeur. La tige florale est très longue avec un petit épis de fleurs à l’extrémité.
Dans les deux cas, ce sont les feuilles qui nous intéressent le plus, malgré que toute la plante soit utilisable.


Cueillette du plantain
Pour un besoin immédiat, on cueille les feuilles n’importe quand, dès qu’elles sont visibles. Étant donné que les feuilles poussent tout près du sol, elles sont parfois couvertes de terre. On les nettoie en les passant sous un filet d’eau avant de les utiliser.
Pour la préparation de produits, il est préférable de cueillir les feuilles avant la floraison, c’est-à-dire au début de l’été. Si on veut sécher les feuilles ou en faire une huile, on voudra éviter le plus possible d’avoir à les nettoyer. D’abord, on choisit une journée ensoleillée, où le taux d’humidité est bas pour les ramasser. Ensuite, on les essuie délicatement avec un tissu doux et sec.
Les feuilles du plantain majeur sont fibreuses et robustes, elles sont plus faciles à manipuler. Mais celles du plantain lancéolé sont beaucoup plus fragiles. Si on les ensommage, elles noircissent et perdent leurs propriétés médicinales.
Phytochimie des feuilles de plantain
La composition biochimique des deux plantains est suffisamment similaire pour que les deux plantes puissent être considérées comme équivalentes.
| Molécules-clés | Famille phytochimique | Quelques propriétés médicinales |
| Sodium, calcium, manganèse, magnésium, fer, potassium, phosphore, zinc, cuivre | Minéraux | Équilibre minéral |
| Vitamine C | Acides organiques | Soutient l’immunité |
| Mucilages, acides uroniques | Glucides | Prébiotique, adoucissant, rafraîchissant, lubrifiant |
| Plantamajoside, actéoside, verbacoside | Phénylpropanoïdes | Antispasmodique, anti-inflammatoire, antiviral |
| Apigénine, lutéoline, tanins | Flavonoïdes | Anti-inflammatoire, antispasmodique, astringent |
| Aucuboside (ou aucubine), catalpol | Iridoïdes | Anti-inflammatoire, antihistaminique, protège le foie, antiseptique |
| Saponine inconnue | Terpénoïdes | Anti-inflammatoire, antimicrobien |
Vitamines et minéraux du plantain
Le contenu minéral du plantain varie beaucoup d’une étude à l’autre. Certains trouvent des quantités près de 1250mg de calcium par 100g de feuilles mais d’autres sont plus près de 50mg/100g. C’est vraiment très variable ! Le contenu le plus bas est similaire à ce que l’on trouve dans les épinards. Toutefois, l’avantage du plantain est qu’il contient moins d’acide oxalique (80mg) que les épinards (460mg) et donc le calcium est plus facilement assimilé.
L’acide oxalique est une composante antinutritionnelle qui réduit la biodisponibilité du calcium et qui exacerbe les problèmes de rhumatisme et de pierres aux reins.
Son contenu en fer est moyen, environ 1,5mg/100g soit la moitié de ce que contiennent les épinards. Et pour les autres minéraux, la quantité se compare à ce qui se trouve dans les autres légumes à feuilles vertes.
La vitamine C est présente mais il faut au moins 130 grammes de plantain frais pour avoir 100% de l’apport quotidien recommandé.
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Mucilages du plantain
Le contenu en mucilages des feuilles de plantain se situe entre 2 et 7 %. Le plantain majeur contient plus de mucilages que le lancéolé. Pour fin de comparaison, la racine de guimauve, qui est une plante vraiment très riche en mucilages, en contient entre 25 et 35%. On peut donc dire que les feuilles du plantain sont légèrement mucilagineuses (les graines sont plus riches en mucilages que les feuilles). Cependant, les mucilages du plantain sont particulièrement acides, ce qui leur confère une capacité spéciale à capter des toxines (ex. venin des insectes).
Les mucilages sont un réseau fibreux qui retient l’eau et forme un gel visqueux. Les mucilages sont anti-inflammatoires et adoucissants.
Les mucilages sont lubrifiants pour le système digestif, ils aident à apaiser tout genre d’inflammation en ajoutant une couche protectrice sur les muqueuses. En plus de leur effet apaisant, ils servent de nourriture aux bactéries intestinales favorisant ainsi un microbiote sain. Dans les cas de constipation, ils facilitent l’évacuation des selles avec douceur.
Phénylpropanoïdes et flavonoïdes du plantain
Les phénylpropanoïdes et flavonoïdes contenus dans le plantain lui confèrent des propriétés anti-inflammatoires et antispasmodiques. Ils contribuent à son effet cicatrisant et ont des effets bénéfiques sur la toux et l’asthme.

Le plantamajoside est un hétéroside qui a une structure moléculaire très similaire à l’actéoside. Le verbacoside est quant à lui, une moitié de plantamajoside. Les trois composés sont très soluble dans l’eau et dans l’alcool.
Iridoïdes du plantain
Les iridoïdes sont des substances amères qui ont une action bénéfique sur le foie. En plus de cela, ils sont antiseptiques aidant à éviter les infections lorsqu’il y a une plaie ouverte. Ce sont aussi des anti-inflammatoires qui réduisent l’enflure que ce soit sur la peau, les voies respiratoires ou les muqueuses digestives.

L’aucuboside (ou aucubine) est reconnu comme le principe actif principal, celui qui serait responsable de la majorité des propriétés du plantain. Il est très fragile à la dégradation, il ne faut pas le chauffer. C’est lui qui produit le noircissement de la plante.
Les iridoïdes du plantain sont des hétérosides, donc ils sont solubles dans l’eau et dans l’alcool. Les jeunes feuilles en contiennent une plus grande quantité que les feuilles plus matures.
Autres composantes du plantain
Dans la littérature, on mentionne que le plantain contient une saponine de nature inconnue, et il semble que peu de recherches aient été faites sur le sujet. Cependant, cet élément est important si l’on considère les préparations du plantain dans l’huile. En effet, aucun des principes actifs cités ci-dessus n’est soluble dans l’huile. Pourtant, l’huile de plantain est une forme traditionnellement utilisée qui a fait ses preuves. Les saponines agissant comme des savons pourraient bien expliquer que certains principes actifs se retrouvent dans l’huile malgré tout.
Comment le plantain «tire» le venin?
Le plantain est une plante d’urgence que l’on utilise pour éliminer la sensation de brûlure qui vient avec les piqûres d’insectes, même les plus douloureuses. On applique la feuille écrasée sur le point d’impact et on a l’impression que la plante «tire» à travers la peau pour aller chercher le venin. Mais comment cela se peut-il?
Je n’ai rien trouvé de concret à ce sujet dans la littérature mais basé sur ce que je connais des molécules, je me permets de vous présenter une hypothèse.
Les mucilages du plantain sont composés de divers sucres associés avec des acides carboxyliques, ce qui leur donne tout plein de groupements -COOH à la surface.
Les molécules responsables de la douleur dans le venin des insectes sont des peptides, c’est-à-dire des chaînes d’acides aminés avec des fonctions amines -NH.
Hors, les fonctions amines (charge +) sont attirées par les acides carboxyliques (charge -) pour faire des échanges d’électrons. Les peptides du venin se trouvent donc captés par les mucilages, comme le ferait un velcro.

Et comment le plantain tire sur les échardes?
Encore une fois, il me semble logique que ce soit le réseau de mucilages qui en soit responsable.
Les mucilages se comparent à une grosse éponge qui aspire l’eau. Lorsqu’on met les feuilles de plantain en contact avec une blessure, l’eau qui se trouve sur notre peau ou dans notre sang se trouvera attirée par les mucilages. Les tissus environnants deviennent plus souples et se détendent, permettant ainsi à l’eau de se déplacer et de déloger l’écharde. Cela ne fonctionne pas à tous les coups, mais l’expérience n’apporte aucun désagrément.
Extractions des principes actifs du plantain
Feuilles entières
Pour profiter d’une teneur optimale en aucuboside, on utilise les jeunes feuilles fraîchement cueillies. On doit broyer la feuille pour libérer les principes actifs.
Si c’est une problème topique, on applique directement la plante sur l’endroit désiré.
Dans les autres cas, on mange la feuille en mastiquant lentement, ou alors, on la broie avec de l’eau pour en faire un jus.
Jus de plantain frais:
- 60 ml de jeunes feuilles tendres
- 100 ml d’eau
Passer le tout au mélangeur, filtrer au besoin et déguster.
Séchage des feuilles de plantain
Les feuilles du plantain peuvent être séchées à basse température (<30°C) pour une utilisation hors saison. Si le séchage est bien effectué et que la plante conserve sa couleur verte, elle sera efficace du point de vue médicinal.
Extraction du plantain dans l’eau
On mélange 1,5 à 3 g (ou 15 ml) de feuilles séchées par 250 ml d’eau, on infuse au moins 10 minutes.
Toutes les molécules-clés citées ci-haut se solubilisent bien dans l’eau. L’eau est donc un excellent solvant pour extraire les principes actifs du plantain.
Extraction du plantain dans l’alcool
La teinture de plantain se prépare à partir des feuilles fraîches dans un alcool à faible teneur en éthanol. Un pourcentage entre 20 et 30% est habituellement utilisé. Avec l’alcool, on perd les avantages nutritifs de la feuille ainsi que les effets des mucilages sur la muqueuse. Par contre, on extrait efficacement les composés anti-inflammatoires nécessaires pour soigner la toux, les inflammations et les allergies respiratoires.
| Molécules-clés | Extraction | Quelques propriétés médicinales |
| Sodium, calcium, manganèse, magnésium, fer, potassium, phosphore, zinc, cuivre | Réduite | Équilibre minéral |
| Vitamine C | Réduite | Soutient l’immunité |
| Mucilages, acides uroniques | Nulle | Prébiotique, adoucissant, rafraîchissant, lubrifiant |
| Plantamajoside, actéoside, verbacoside | Excellente | Antispasmodique, anti-inflammatoire, antiviral |
| Apigénine, lutéoline, tanins | Excellente | Anti-inflammatoire, antispasmodique, astringent |
| Aucuboside (ou aucubine), catalpol | Excellente | Anti-inflammatoire, antihistaminique, protège le foie, antiseptique |
| Saponine inconnue | Excellente | Anti-inflammatoire, antimicrobien |
Extraction du plantain dans l’huile
L’huile de plantain est une préparation commune auprès de la communauté des herboristes, et ce depuis fort longtemps. J’ai moi-même préparé une huile à partir des feuilles fraîches et une autres à partir des feuilles séchées, et j’ai obtenu d’excellents résultats pour soulager les piqûres d’insectes. Donc, je vous confirme que ça fonctionne vraiment.
Toutefois, les principaux principes actifs du plantain ne sont pas du tout solubles dans l’huile. Cela dit, la saponine, agissant comme un savon, peut favoriser la formation de micelles.

Les micelles sont des micro-particules qui restent en suspension dans un liquide. Les principes actifs solubles dans l’eau sont piégés dans de minuscules gouttelettes avec l’aide de la saponine, qui agit comme un émulsifiant naturel.
Les micelles restent en suspension dans l’huile et se déposeront avec le temps, à moins que l’on stabilise la préparation en y ajoutant un épaississant comme la cire d’abeille, pour en faire un onguent.
Références:
European Medicines Agency, «Assessment report of Plantago lanceolata L., folium», 437859, 22 nov 2011.
Jean Bruneton, «Pharmacognosie, Phytochimie, Plantes médicinales», 4e édition, Éditions Tec & Doc, Paris, 2009, 1269 p.
Gazmend Skenderi, «Herbal Vade Mecum», Herbaxy Press, New Jersey, 2003, 480 p.
J.L. Guil-Guerrero, «Nutritional composition of Plantato species.» Ecology of food and nutrition, vol.40 (5), 2010, p.481-495.
Aknur Turgumbayeva et coll., «Study of phytochemical compounds of Plantago major leaves grown in Kazakhstan», Pharmacia, 69(4), 2022, 1019-1026.


Ah MERCI ! Toujours avoir une feuille de plantain dans la poche 🎉 Sure que je vais faire attention au plantain (et pas seulement pour le dessiner 😉).
🙂
J’ai reçu ce commentaire sur facebook : «J’aime beaucoup le plantain. C’est un de mes incontournable (avec la calendule) qui fait partie des plantes que je propose à mes clients qui ont de inflammations digestives. Et j’avais une cliente qui ne jurait que par lui lors d’épisodes de toux chez ses enfants. Il est tellement polyvalent. Vive le plantain!!! 🤗🥰»