Quand on parle de feuilles de framboisier, les mêmes questions reviennent souvent.
Quel est le meilleur moment pour les cueillir ?
Comment préparer une bonne tisane ?
Faut-il les faire infuser longtemps ?
Est-ce une plante réservée aux femmes ?
Et surtout : est-ce vraiment une plante pour “réguler les hormones” ?
La feuille de framboisier est très connue en herboristerie traditionnelle, surtout pour accompagner certaines périodes de la vie des femmes. On l’associe aux menstruations, à la grossesse, à l’accouchement… parfois un peu rapidement, comme si son usage se limitait uniquement à l’utérus.
Mais est-ce vraiment le cas ?
Dans cet article, on va prendre le temps de faire le tri entre les usages traditionnels, les précautions et les questions pratiques. Quand récolter les feuilles, comment les infuser, et pourquoi cette plante mérite peut-être une place plus large qu’on le pense…
Reconnaître le framboisier
Le framboisier (Rubus idaeus) est un petit arbuste qui pousse en tiges dressées ou légèrement arquées. Ses tiges portent de petits aiguillons fins. Ils piquent un peu, mais ce ne sont pas de grosses épines comme celles de certaines ronces.
Ses feuilles sont faciles à reconnaître quand on prend le temps de les observer. Elles sont composées de plusieurs petites feuilles attachées ensemble. On appelle ces petites feuilles des folioles. La plupart du temps, une feuille de framboisier compte 3 à 5 folioles, avec des bords dentés.
Un bon indice : le dessus de la feuille est vert, tandis que le dessous paraît blanchâtre ou argenté. C’est souvent ce contraste entre le dessus vert et le dessous pâle qui aide à reconnaître le framboisier.
Quand et comment cueillir les feuilles de framboisier
Le framboisier est une plante vivace, mais ses tiges suivent généralement un cycle de deux ans. Certaines variétés cultivées, surtout les framboisiers remontants, peuvent faire exception et produire des fruits sur les tiges de l’année. Mais pour comprendre la récolte des feuilles, la distinction entre les tiges de première et de deuxième année est très utile.
La première année, le framboisier produit de nouvelles tiges bien vertes et vigoureuses. Elles font beaucoup de feuilles, mais ne portent pas de fleurs, ni de fruits. Ces tiges sont donc très intéressantes pour récolter les feuilles, surtout du milieu à la fin de l’été, quand elles sont bien développées.
La deuxième année, ces mêmes tiges reviennent au printemps. Cette fois, elles se préparent à fleurir et à produire des framboises. On peut y récolter des feuilles au printemps ou au tout début de l’été, avant l’arrivée des fleurs. Par contre, si on veut garder une belle récolte de framboises, mieux vaut ne pas trop les dégarnir, parce que les feuilles nourrissent aussi la plante.
Après la récolte des framboises, les tiges de deuxième année commencent naturellement à décliner. À ce moment-là, les feuilles sont plus coriaces, abîmées et moins intéressantes pour la tisane.
Est-ce que le moment de récolte influence la composition des feuilles ?
Des données suggèrent que les tanins, les flavonoïdes, les polyphénols et les saponines, ont tendance à augmenter de mai à octobre. En parallèle, les pigments comme les chlorophylles et les caroténoïdes, augmentent d’abord, puis diminuent plus tard en saison.

Une feuille de fin de saison contient davantage de principes actifs, mais elle est plus coriace et moins agréable en tisane.
La cueillette demande donc un compromis : on ne cherche pas seulement la feuille “qui contient le plus de principes actifs”. Mais une feuille mature, qui en contient suffisamment, sans être trop riche en tanins au point de devenir désagréable à boire.
Pour une récolte maison, on choisit les feuilles bien vertes, souples, sur des tiges vigoureuses. On évite les feuilles jaunies, tachées, très abîmées, malades ou couvertes de poussière de bord de route.
Framboisier sauvage ou framboisier cultivé ?
On peut utiliser les feuilles de framboisier sauvage ou cultivé, à condition d’être certain de la qualité du lieu de récolte.
Le framboisier sauvage a l’avantage de pousser sans intervention humaine, mais il faut éviter les endroits contaminés : bord de route, terrains pulvérisés, zones poussiéreuses ou inconnues.
Le framboisier cultivé peut aussi très bien convenir, surtout si tu sais comment il a été cultivé. Si le plant vient de ton jardin et qu’il n’a pas été traité avec des pesticides, c’est même une option très pratique.
Récolter feuille par feuille ou couper les tiges ?
Pour une petite récolte maison, le plus simple est de cueillir les feuilles une par une. Ça permet de choisir seulement ce dont on a besoin, sans trop affaiblir le plant. On évite de dénuder complètement une tige. Les feuilles servent à nourrir la plante, alors si on les enlève toutes, le framboisier risque de trouver notre enthousiasme un peu intense.
Mais si tu es en train de tailler tes framboisiers, autant ne pas les gaspiller, récupère toutes les belles feuilles.

Fiche mémo de 2 pages pour utiliser les feuilles de framboisier :
Format pratique à conserver sur le téléphone ou à imprimer avant une sortie cueillette.
✔ périodes de cueillette selon le type de tige
✔ tisane : repères pratiques
✔ usages traditionnels
Préparer une tisane de feuilles de framboisier
Pour préparer une tisane de feuilles de framboisier, on utilise environ 45 ml de feuilles séchées pour 1L d’eau chaude.
Quelques repères utiles :
- Durée d’infusion recommandée : 5 à 10 minutes, surtout pour une tisane agréable au quotidien.
- Une étude récente a observé une diminution significative des polyphénols après 15 minutes d’infusion.
- Les infusions longues, parfois 20 à 30 minutes dans certaines traditions, donnent une tisane plus tannique et plus astringente. Chez certaines personnes, trop de tanins peut irriter l’estomac ou donner la nausée.
- Les tanins peuvent aussi diminuer l’absorption de certains nutriments, notamment le fer. Par prudence, on espace la prise de tisane de 1 à 2 heures des repas, des suppléments et des médicaments.
👉 Article complémetaire : Fermenter les feuilles de framboisier pour faire du thé
Phytochimie : comment la feuille de framboisier pourrait-elle agir ?
La feuille de framboisier est souvent associée à l’utérus, aux menstruations et à la grossesse. Pourtant, quand on regarde sa composition, rien n’indique une action hormonale.
Parmi les composés les plus intéressants, on retrouve des tanins (ellagitannins), flavonoïdes, acides phénoliques et certains autres composés comme les saponines. Ce sont ces familles de molécules qui donnent à la feuille une partie de son goût, de son astringence et de ses propriétés médicinales.
Les tanins et l’effet astringent
Les tanins sont responsables de cette sensation sèche ou râpeuse en bouche, comme lorsqu’un thé est trop infusé. Ce n’est pas nécessairement un défaut : c’est ce qui explique pourquoi les plantes riches en tanins sont traditionnellement associées aux tissus, aux muqueuses et à la peau.
Les ellagitannins sont des tanins que l’on retrouve aussi dans les framboises, fraises, mûres, la grenade et certaines noix. Dans la feuille de framboisier, ils participent à son goût astringent, mais aussi à plusieurs effets biologiques potentiels.
En herboristerie traditionnelle, on les utilise lorsqu’il y a des selles trop liquides, des tissus irrités, de petites blessures ou un besoin de tonifier la peau. D’ailleurs, les plantes riches en tanins peuvent faire de bons toniques pour les soins du visage.
Cette logique de “tonus des tissus” aide aussi à comprendre pourquoi la feuille de framboisier a été associée aux soins des femmes. On la retrouve dans les usages populaires pour les inconforts menstruels, les règles abondantes, la sensation de lourdeur pelvienne, mais aussi pour le raffermissement des tissus après l’accouchement.
Un effet possible sur les enzymes digestives
Certains polyphénols de la feuille de framboisier peuvent ralentir l’action d’enzymes qui digèrent les sucres. Surtout lorsque le repas contient du saccharose, c’est-à-dire le sucre de table.
En ralentissant sa dégradation, l’absorption du sucre est plus graduelle. C’est une piste intéressante pour la prévention du diabète.
Le rôle du microbiote
Les ellagitannins ne sont pas toujours absorbés directement tels quels. Une partie est transformée par les bactéries intestinales en molécules appelées urolithines.
Ces métabolites suscitent beaucoup d’intérêt en recherche, notamment pour l’inflammation, le stress oxydatif et de certaines fonctions métaboliques. On étudie leurs effets potentiels sur la neuroprotection, les mitochondries et certains mécanismes associés au vieillissement.
Mais attention : cela ne veut pas dire qu’une tisane de feuilles de framboisier produit automatiquement tous ces effets. Deux personnes peuvent boire la même tisane, mais ne pas transformer les ellagitannins exactement de la même façon, parce que leur microbiote n’est pas identique. La réponse à la plante varie donc d’une personne à l’autre.
Autrement dit, la feuille de framboisier agit par un ensemble de petites interactions complémentaires : elle soutient le tonus des tissus grâce à ses tanins, influence certaines enzymes digestives et interagit avec le microbiote intestinal.
C’est moins spectaculaire que “plante magique de l’utérus”, mais c’est beaucoup plus cohérent avec ce que sa chimie nous raconte.
Framboisier et grossesse
La feuille de framboisier est traditionnellement utilisée en fin de grossesse, mais les données scientifiques ne permettent pas de conclure qu’elle agit de façon simple et prévisible sur l’utérus. Une étude réalisée en laboratoire sur des tissus utérins de rats a montré des effets variables selon le type de préparation et le contexte : parfois une légère stimulation, parfois une inhibition partielle des contractions, parfois des réponses mixtes. Les auteurs concluent que ces résultats ne soutiennent pas l’idée que la feuille de framboisier faciliterait le travail par une action directe sur les contractions utérines.
Autrement dit, ce n’est pas une plante “qui déclenche” ou “qui prépare” l’accouchement de façon mécanique et prévisible. Cela dit, les données disponibles ne suggèrent pas non plus de danger évident lorsqu’elle est utilisée de manière traditionnelle. Comme la grossesse est une période sensible, son usage devrait être discuté avec une sage-femme, un médecin ou une herboriste thérapeute qualifiée.
FAQ sur les feuilles de framboisier
Les feuilles de framboisier sont traditionnellement utilisées pour les inconforts menstruels, le tonus des tissus, les muqueuses irritées et les selles trop liquides. Leur richesse en tanins explique l’effet de resserrement sur les tissus.
Non. La feuille de framboisier ne contient pas de substances hormonales. Son usage traditionnel dans les soins des femmes ne signifie pas qu’elle agit comme une hormone.
Oui. La feuille de framboisier n’est pas réservée aux femmes. Les hommes peuvent aussi en consommer, notamment pour son côté astringent, digestif ou simplement comme tisane végétale riche en polyphénols.
Au printemps, on peut récolter les feuilles sur les tiges de deuxième année. Du milieu à la fin de l’été, on privilégie les tiges vigoureuses de première année.
Pour une tisane agréable, 5 à 10 minutes suffisent généralement. Les infusions plus longues deviennent plus tanniques et plus astringentes.
La feuille de framboisier est traditionnellement associée à la fin de grossesse. En théorie, elle pourrait convenir à plusieurs femmes enceintes, mais comme chaque grossesse est différente, il vaut mieux se faire accompagner de façon personnalisée.
Références
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Alkhudaydi HMS et coll. Determination of the Polyphenol Composition of Raspberry Leaf Using LC-MS/MS. Molecules. 2025.
Banc Ret coll. The Impact of Ellagitannins and Their Metabolites through Gut Microbiome on the Gut Health and Brain Wellness within the Gut-Brain Axis. Foods. 2023.
Heber D. Multitargeted therapy of cancer by ellagitannins. Cancer Lett. 2008.

