La phytochimie à quoi ça sert ? Voici 5 raisons concrètes

La phytochimie à quoi ça sert

On peut dire phytochimie ou encore « chimie des plantes », ce sont deux termes interchangeables, mais je préfère le premier parce qu’il s’écrit en un mot… tout simplement!

Alors, la phytochimie, à quoi ça sert au juste ?

Le préfixe « phyto » fait référence aux végétaux. Et le mot « chimie », c’est la science qui étudie la composition de la matière. Elle met en images des phénomènes invisibles à l’œil nu.

Je sais… le terme chimie est souvent associé aux produits chimiques toxiques, qu’on n’a pas en haute estime. Beaucoup causent des dommages à l’environnement et aux êtres vivants, alors on veut généralement les éviter!

Mais rassure-toi, sur ce blogue, je ne vais pas te parler de produits élaborés en laboratoire (sauf pour te dire quoi éviter), mais bien de molécules préparées par la nature, par la plante elle-même. Et on ne va pas tenter de modifier ce qui est naturel, mais plutôt essayer de mieux comprendre ce que les plantes contiennent… et comment elles peuvent nous aider.

Qu’est-ce que la phytochimie?

Voici de qu’en disent les dictionnaires:

Étude des processus chimiques qui se produisent dans les plantes.

Dictionnaire Larousse

Branche de la biochimie qui traite de l’étude des substances et des processus chimiques qui sont présents à l’intérieur des végétaux.

Office québécois de la langue française

Chimie végétale, étudiant les substances chimiques pouvant être extraites des plantes.

Dictionnaire Cordial

La phytochimie a pour objet d’étudier les comportements et réactions chimiques des végétaux, mais aussi leur métabolisme. Elle détermine par exemple comment extraire les substances naturelles des plantes.

Dictionnaire L’internaute

La phytochimie, ou chimie des végétaux, est la science qui étudie la structure, le métabolisme et la fonction des composés phytochimiques, c’est-à-dire des substances naturelles issues des plantes, ainsi que les méthodes d’analyse, de purification et d’extraction appliquées à ces substances.

Wikipédia

Pourquoi c’est utile de connaître la phytochimie ?

Bon, les définitions, c’est bien beau. Mais concrètement, à quoi ça sert pour toi, qui veux préparer tes propres remèdes ? Voilà 5 raisons qui vont t’éclairer.

1-Elle permet d’évaluer la toxicité

Je vous donne un exemple concret: l’ortie.

L’ortie dioïque est une plante recouverte de petites aiguilles et les jardiniers le savent: si on s’y frotte, ça pique, ça brûle, ça engourdi….c’est vraiment très désagréable ! Certains pourraient penser que l’ortie contient une toxine dangereuse et qu’il ne faut surtout pas la manger crue. Et pourtant…

En étudiant les molécules contenues dans les aiguilles, on constate qu’elles contiennent un mélange de neurotransmetteurs tels que l’acétylcholine, l’histamine, la sérotonine, des leucotriènes ainsi que des acides organiques comme l’acide oxalique, l’acide tartrique et l’acide formique. Les neurotransmetteurs sont déjà présents dans notre corps, ce sont des messagers pour notre système nerveux. Et les acides organiques sont omniprésents dans les aliments que nous mangeons tous les jours, les fruits en sont particulièrement riches.

On peut donc conclure que l’ortie ne présente aucune forme de toxicité et qu’elle peut être consommée crue tout comme le serait n’importe quel légume vert! 👉 Phytochimie des feuilles d’ortie

Poils urticants de l'ortie
Poils urticants de l’ortie

🧪 Astuce : l’effet urticant de l’ortie est désactivé aussitôt que l’on casse les petites aiguilles et qu’elles se vident de leur liquide. Pour la consommer crue, on peut écraser les feuilles entre les doigts ou avec un rouleau à pâte. On peut aussi les broyer au mélangeur ou les tremper dans un liquide.

Manger les pousses d'orties crues (Urtica dioica)

🚩 Dans d’autres cas, ce sera l’inverse. On pourrait s’apercevoir que la plante contient une molécule toxique, et alors, on voudra réduire les risques pour notre santé. En identifiant la molécule en question, on peut savoir comment éviter de l’extraire et alors ça nous indique quel type de préparation favoriser.

2-Elle aide à choisir le bon type de préparation

📌 Exemple : la thuyone, présente dans le thuya, l’absinthe ou la sauge, est un monoterpène neurotoxique à haute dose. Elle est peu soluble dans l’eau, mais très présente dans les huiles essentielles. Donc, une infusion est une façon beaucoup plus sécuritaire de profiter de la plante car on extrait beaucoup moins de thuyone.

Molécule de thuyone

🚩À l’inverse, les feuilles de framboisier, riches en tanins hydrolysables (astringents et cicatrisants), sont idéales en infusion — mais inefficaces dans une huile.

En connaissant la structure chimique des tanins hydrolysables, on peut savoir que ce type de molécules se solubilisent préférablement dans l’eau. On choisira donc des préparations comme l’infusion à boire ou appliquée sur la peau pour profiter au mieux de ses bienfaits.

Tanins hydrolysables
Tanins hydrolysables

📌 Autre exemple : une teinture de mauve peut sembler inefficace pour les gorges irritées. Les mucilages sont hydrophiles, donc bien mieux extraits dans une infusion ou une macération à froid.

3. Elle permet de récolter au bon moment

Les principes actifs d’une plante varient selon le moment de la journée, de la saison, ou du cycle de la plante (croissance, floraison, fructification). Mais si tu connais sa phytochimie…tu sais quand il est préférable de la récolter… et ainsi tu peux optimiser tes récoltes!

📌Exemple : les fleurs de lavande sont plus riches en huile essentielle lorsqu’elles sont à peine ouvertes. C’est à ce moment qu’elles contiennent le plus de linalol et d’acétate de linalyle, deux molécules aux effets calmants et anti-inflammatoires.

Lavande en fleurs
Lavande (Lavandula angustifolia)

📌Autre exemple : la menthe récoltée en fin de matinée, par temps sec et ensoleillé, offre une concentration optimale en menthol.

4. Elle aide à choisir la bonne partie de la plante

Chaque partie d’une plante peut renfermer une composition chimique différente — et donc des propriétés différentes.

📌Exemple : le pissenlit. Le pissenlit, par exemple : ses feuilles sont diurétiques, ses racines sont dépuratives et ses fleurs sont antioxydantes. Chacune concentre des composés différents (flavonoïdes, lactones sesquiterpéniques, inuline…).

Fleur d'échinacée pourpre (Echinacea purpurea)

📌Autre exemple : dans l’échinacée, les polysaccharides immunostimulants sont plus abondants dans les racines, alors que les alkamides aux effets anti-inflammatoires sont plutôt dans les parties aériennes.

5. Elle te permet d’éviter les interactions ou effets secondaires

Certaines plantes, comme le millepertuis, peuvent modifier le métabolisme de plusieurs médicaments à cause de composés comme l’hyperforine.

Plant de millepertuis (Hypericum perforatum)

🚩 D’autres, comme la berce ou le pamplemousse, contiennent des furanocoumarines qui rendent la peau photosensible… ou influencent l’absorption de médicaments. Quand on comprend la phytochimie, on peut adapter notre usage des plantes avec plus de prudence.

👉 La phytochimie est une base essentielle pour toutes les personnes qui désirent transformer les plantes médicinales et en faire des produits thérapeutiques efficaces et sécuritaires!

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Références:

ALFORD, Les. «Urtication for Musculoskeletal Pain ?», Pain Medecine, Vol. 9 (7), 2008, p. 963-965.

FU, Han-Yi et coll. «Why do Nettles Sting ? About Stinging Hairs Looking Simple but Acting Complex», Functional Plant Science and Biotechnology, 1 (1), 2007, p. 46-55.

H. Koyu, M. Z. Haznedaroglu. Investigation of impact of storage conditions on Hypericum perforatum L. drier total extract, Journal of Food and Drug Analysis, Vol 23 (3), 2015.

Maria O Thomsen et coll. Harvest strategies for Optimization of the content of bioactive alkamides and caffeic acid derivatives in aerial parts and in roots of Echinacea purpurea. J Agric Food Chem, 66 (44), 2018.

16 thoughts on “La phytochimie à quoi ça sert ? Voici 5 raisons concrètes

  1. Merci Mélanie, je vais parfois en Normandie et les paysans nous expliquent le bienfait des orties.
    Je comprends mieux comment ils les prennent sans se piquer.

  2. Merci pour cet article sur un terme qu’on connait peu, même quand on s’intéresse de près aux plantes et à leurs vertus.
    En effet, j’utilise plutôt « chimie des plantes ». Je l’utilise beaucoup au jardin.

  3. Très intéressant ! Comme quoi il ne faut pas faire n’importe quoi avec les plantes, ça ne s’invente pas ! 🙂

  4. Comme d’autres j’apprécie beaucoup que tu nous donnes l’explication ET la méthode concernant les orties. On m’a souvent dit que c’était très bon à manger, comme dans la tarte aux orties, mais je ne savais pas trop comment m’y prendre pour commencer.
    Et j’adore voir des schémas de molécules à côté de photos de fleurs, c’est rare.

  5. Merci pour cet article formateur et passionnant ! L’amoureux de la langue que je suis a été ravi de voir comment les termes « phyto » et « chimie » se conjuguent pour le meilleur !

  6. Merci pour cet article clair et accessible !
    Une lecture incontournable pour tous ceux qui s’intéressent aux plantes médicinales ! La phytochimie semble être une discipline fascinante qui permet de mieux comprendre les bienfaits des plantes. Hâte de lire vos prochains articles sur ce sujet.
    En effet, en tant qu’amateur de plantes médicinales, j’ai trouvé cet article très enrichissant. La phytochimie offre une perspective scientifique qui complète parfaitement les connaissances traditionnelles.
    D’ailleurs, j’aimerais en savoir plus sur les méthodes d’extraction des composés phytochimiques. Est-ce praticable par un particulier ? Peut-être un sujet pour un prochain article ?​

  7. Article éclairant! Je comprends mieux les divers conseils de préparation que l’on peut lire concernant les infusions, les huiles essentielles, les décoctions, les teintures mères etc.

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