Détestable chiendent ! Et pourtant…

Désherbage du chiendent

Quand on parle de mauvaises herbes 😫, il y a en une qui me vient immédiatement en tête : le Détestable chiendent ! Et pourtant… il est étonnament utile pour la détox du printemps. Ne perdez pas votre temps à le chercher en magasin naturel : c’est dans vos plates-bandes qu’il est le plus abondant. Le chiendent est un allié insoupçonné pour soutenir les reins, la vessie, foie et les intestins. Comme quoi, même les plus agaçants peuvent se révéler précieux !

Reconnaître le chiendent

Le chiendent commun (Elymus repens, Agropyron repens, Triticum repens désignent tous la même plante) est une graminée rampante très répandue. On la retrouve fréquemment dans les gazons, où elle s’infiltre discrètement parmi les autres herbes.

Elle se reproduit à la fois par ses rhizomes souterrains et par ses graines, ce qui lui permet d’envahir rapidement de grands espaces dès qu’on lui laisse le champ libre. Ne laissez surtout pas le sol à nu : vous pouvez être presque certain que le chiendent s’y installera dans les semaines qui suivent ! 🙄

Ses feuilles sont étroites, allongées et rugueuses au toucher.

On peut également observer une gaine qui entoure partiellement la tige ronde.

Il y a une petite languette (ligule) membraneuse à la jonction entre la feuille et la tige.

Lorsqu’il est en floraison, le chiendent produit un épi dressé avec des épillets disposés de part et d’autre de la tige.

Ses longs rhizomes blanchâtres, cassants et rampants qui se faufilent sous la surface du sol sont des signes distinctifs très caractéristiques.

Utiliser le Chiendent, une mauvaise herbe médicinale

Quelles plantes dans mon gazon ?

Et, oui, le gazon est habituellement un mélange de graminées ! Mais habituellement, on considère le chiendent commun comme une mauvaise herbe au travers du gazon. Les principales espèces semées volontairement sont :

  • Poa pratensis (pâturin des prés)
  • Lolium perenne (ivraie vivace)
  • Festuca rubra (fétuque rouge)
  • Festuca arundinacea (fétuque élevée)
  • Agrostis stolonifera (agrostide stolonifère)

Récolter le chiendent

Les rhizomes

Si vous avez un jardin, c’est facile : il suffit de conserver quelques rhizomes arrachés lors du désherbage. Je suis certaine que vous en aurez en abondance !

Choisissez ceux qui sont blancs, fermes et creux au centre. Rincez-les soigneusement à l’eau froide pour éliminer la terre. Vous pouvez les utiliser frais pour vos préparations ou les faire sécher dans un endroit aéré et à l’abri du soleil pour les conserver plus longtemps.

Les feuilles

On peut également récolter les feuilles de chiendent pour les intégrer aux jus verts. Personnellement, j’en ajoute toujours quelques-unes pour accompagner d’autres plantes sauvages comestibles dans mes jus détox du printemps.

Les feuilles sont très riches en chlorophylle. On pourrait d’ailleurs très bien les utiliser comme alternative aux jus d’herbe de blé — avec l’avantage d’être gratuits et disponibles directement dans notre cour !


Phytochimie des rhizomes du chiendent

Les rhizomes du chiendent sont riches en polysaccharines de fructose, une chaîne de glucides similaire à l’inuline, un prébiotique. Le contenu se situe généralement entre 3 et 10%. Certaines références nomment le composé triticine mais aucune référence ne décrit la structure de la molécule, ce qui me fait dire que c’est possiblement un mélange de plusieurs glucides. D’ailleurs certains mentionne la présence d’inositol et de mannitol dans le rhizome, ce qui donne une saveur sucrée et des propriétés diurétiques.

Les glucides sont accompagnés de mucilages, qui lui donne des propriétés adoucissantes et apaisantes pour les tissus irrités.

Les rhizomes de chiendent renferment un type de saponine qui, selon des observations cliniques et des usages traditionnels, agirait comme agent dissolvant pour certains types de calculs organiques, notamment les calculs rénaux.

Le chiendent est également une source précieuse de minéraux et d’oligo-éléments, avec une teneur notable en silicium, un élément qui soutient la santé des tissus conjonctifs et favorise l’équilibre du système rénal. (La prêle des champs est également une excellente source de silicium).

Enfin, il contient des traces de vanilline et de vanilloside, qui participent à son arôme doux et subtil.

Le chiendent contient une infime quantité d’huile essentielle (environ 0,05 %), principalement composée d’agropyrène, un composé reconnu pour ses propriétés antibactériennes et antiparasitaires. Toutefois, cette huile essentielle étant liposoluble, elle sera très peu extraite dans une infusion ou une décoction.

Consommer les rhizomes du chiendent

Les principes actifs des rhizomes de chiendent sont majoritairement hydrosolubles, ce qui signifie qu’ils se dissolvent beaucoup mieux dans l’eau. Cela rend les infusions, décoctions ou jus frais particulièrement efficaces pour en tirer les bienfaits thérapeutiques.

Méthode classique en herboristerie :

  1. Mettre 30 ml (2 cuillères à soupe) de rhizomes séchés ou frais dans 750 ml d’eau
  2. Porter à ébullition
  3. Laisser frémir pendant 10 minutes (décoction).
  4. Retirer du feu et infuser 15 minutes.
  5. Filtrer et boire dans la journée.

Personnellement, je trouve que la décoction de chiendent goûte l’eau de cuisson du maïs. C’est légèrement sucré et un peu sirupeux !

La Commission E indique une posologie de 6 à 9 g de rhizomes séchés par jour en décoction.

Propriétés médicinales du chiendent

Les rhizomes

Souvent arraché avec agacement, le chiendent possède pourtant de nombreuses propriétés médicinales, en particulier pour soutenir les reins, la vessie et le foie. Grâce à ses propriétés diurétiques et adoucissantes, il est utilisé pour :

  • Apaiser les muqueuses irritées de la vessie, des reins, de l’estomac et des intestins
  • Soutenir une cure détox au printemps
  • Contribuer à la perte de poids, comme adjuvant
  • Atténuer la cellulite et certaines affections cutanées comme l’eczéma par son effet dépuratif
  • Réduire les douleurs liées à la goutte, à l’arthrite et aux rhumatismes
  • Faciliter l’élimination des calculs urinaires

Ellingwood le décrivait en 1918 comme un “sédatif rénal” : il favorise le passage de l’eau dans les tubules sans forcer les reins, ce qui en fait une plante douce et non irritante. Une autre herboriste, Dorothy Hall, mentionne qu’il renforce les sphincters urinaires, très utile dans les cas d’énurésie et de fuites urinaires.

Les feuilles

Les feuilles de chiendent sont riches en chlorophylle naturelle et renferment une concentration intéressante de vitamines (vitamine C et B), de minéraux et de carotènes aux propriétés antioxydantes.

Cette chlorophylle, si proche chimiquement de l’hémoglobine humaine, est reconnue pour soutenir la vitalité, capter certaines toxines dans l’intestin, et même désodoriser l’organisme de l’intérieur. On comprend alors pourquoi plusieurs herboristes considèrent les plantes très vertes comme de véritables «nourritures pour le sang».

Tout savoir sur La Chlorophylle et ses bienfaits

Précautions

La plante ne contient aucune molécule toxique : on peut même la considérer comme une plante «alimentaire». Toutefois, si vous avez des problèmes de santé particuliers, surtout en lien avec les reins, il est recommandé de consulter un professionnel de la santé avant de consommer du chiendent de façon régulière ou plus d’une fois par jour.

Références

BRUNETON, Jean. Pharmacognosie, Phytochimie, Plantes médicinales, 4e édition, Éditions Tec & Doc, Paris, 2009, 1269 p.

WOOD, Matthew. The Earthwise Herbal Vol 1, Ed. North Atlantic Book, Berkeley, 2008, 570 p.

Gazmend Skenderi. Herbal Made Vecum, Herbacy Press, New Jersey, 2003, 480 p

10 thoughts on “Détestable chiendent ! Et pourtant…

  1. Je n’ai pratiquement pas de chiendent chez moi, mais je veux souligner la qualité de tes articles, concis, pratiques dense… j’apprend (ou ré-apprend toujours quelque chose). Un excellent travail Mélanie!

    1. Merci beaucoup Audray ! La qualité du contenu est très importante pour moi alors j’apprécie énormément ton commentaire. 💚💚💚
      Moi, ici, j’ai un très grand terrain à la campagne et je suis vraiment envahie par le chiendent. Et ce, de tous les côtés !! 😆

  2. Merci Mélanie !! Enfin du positif pour cette plante mal-aimée ! Je me demande toujours : « Est-ce que ça se mange ? », quand c’est oui, alors bingo !!!

  3. Merci pour cet article éclairant qui réhabilite le chiendent considérée (à raison tout de même) comme une plante envahissante. Moi je l’aime bien malgré tout car j’ai toujours aimé ses inflorescences (je trouve que ses tiges droites et structurées ont du style mais ca n’engage que moi :)). En revanche, j’ignorais totalement qu’il possédait de telles vertues médicinales!!!

    Ton approche pédagogique et passionnée rend la phytothérapie accessible et donne envie d’en apprendre davantage 🙂

  4. Comme quoi la nature est pleine de surprises ! C’est vrai qu’on passe souvent notre temps à arracher le chiendent sans savoir qu’il cache autant de bienfaits pour notre corps. Nous marchons sur notre pharmacie 😉
    Merci pour cet éclairage qui donne envie de le voir autrement – et même de le tester en tisane ou décoction !

  5. Merci Mélanie pour cet article inattendu… et passionnant. Je n’imaginais pas une seconde que le chiendent, si mal-aimé, puisse avoir autant de vertus ! J’ai adoré découvrir cette autre façon de regarder une plante qu’on rejette souvent sans la connaître. Tu ouvres une porte vers une nature plus subtile, plus juste, et ça fait du bien.
    Merci pour ce regard éclairé qui donne envie de ralentir… et de mieux observer

  6. Merci pour cet éclairage sur le chiendent. Ton approche me rappelle que, dans la nature comme en voyage, il est essentiel de dépasser les apparences pour découvrir la richesse cachée. Le chiendent, souvent mal-aimé, révèle ici ses vertus insoupçonnées. Une belle leçon d’humilité et de curiosité.

  7. Ah ouais ?
    Le chiendent j’en avais « bien sûr » déjà entendu parler, mais sans savoir ce que c’est vraiment.

    Je n’avais pas imaginé que ça pouvait être comestible.

    De ce que j’ai vu, mais je ne suis pas sûre, ce serait le « truc » qui pousse, qui me fait des touffes que quand je veux les enlever je dois y aller à la fourche ? (J’ai tendance à laisser pousser toutes mes herbes et à enlever que quand ça m’embête vraiment)

    Les autres herbes ça va, c’est pas très compliqué à enlever, mais ça…

    Ce serait donc ça le chiendent.

    J’essaierai de vérifier.

    1. Tu décris très bien la « bête » ! 😅 Oui, c’est bien possible que ce soit du chiendent si tu dois sortir la fourche pour l’enlever… mais il ne pousse pas exactement en touffes comme d’autres graminées. Il forme un réseau souterrain de rhizomes très résistants qui s’étendent partout. C’est ce qui le rend si tenace et difficile à éradiquer — il s’accroche !

  8. Ton article sur le chiendent est une véritable révélation ! Qui aurait cru que cette « mauvaise herbe » si souvent arrachée recèle autant de bienfaits pour notre santé ? Merci de nous ouvrir les yeux sur les trésors cachés de nos jardins. Comme quoi ! Même dans le négatif, il y a du positif !!

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