Asclépiade commune : toxique ou comestible ?

Asclépiade commune (Asclepias syriaca)

On l’appelle asclépiade commune, mais aussi petits cochons, cochons de lait, ou encore la soie d’Amérique. Cette plante indigène du Québec est bien connue des passionnés de nature : elle nourrit les chenilles du papillon monarque 🦋! Elle pousse sur les bords de route… et elle produit un latex blanc toxique. Cela soulève une question fréquente : 👉 l’Asclépiade commune : toxique ou comestible ?

Dans cet article, je t’invite à découvrir cette plante fascinante sous toutes ses coutures : comment la reconnaître, pourquoi elle est essentielle à la biodiversité, ce que contient vraiment son latex, et surtout… comment certaines parties peuvent être consommées sans danger, si on les prépare comme il faut. Oui oui, tu as bien lu : on peut faire des crêpes avec des boutons floraux d’asclépiade, et c’est étonnamment bon ! 😋

Reconnaître l’asclépiade commune

L’asclépiade commune (Asclepias syriaca) porte bien son nom : c’est la plus répandue des asclépiades indigènes au Québec. On la croise souvent sur les bords de route, dans les champs abandonnés et autres terrains perturbés.

Voici comment la reconnaître facilement :

Feuilles

  • De grandes feuilles opposées, larges et ovales avec un bout pointu.
  • La nervure centrale est très visible.
  • Si tu les brises, un latex blanc s’écoule (⚠️ irritant pour la peau et les yeux chez certaines personnes).

Fleurs

  • Elles apparaissent en été, généralement en juin.
  • Regroupées en grappes rondes de type ombelle, les fleurs sont attachées sur le même point.
  • Couleur : rose pâle à pourpre, mais parfois presque blanc.
  • Elles sont parfumées et attirent une tonne d’insectes pollinisateurs.

Fruits

  • On les appelle des follicules. (voir Herbier du Québec)
  • Ils sont bosselés et couverts de poils laineux.
  • À maturité, ils s’ouvrent pour libérer des graines avec de longues aigrettes de soie, que le vent emporte comme des parachutes (d’où le surnom soie d’Amérique).

Habitat

  • Elle pousse dans des sols pauvres, secs, souvent sablonneux.
  • Elle forme rapidement de grandes colonies grâce à ses rhizomes souterrains, qui produisent de nouvelles tiges chaque année.
Asclépiade commune (Asclepias syriaca), une espèce indigène au Québec

Pour voir toutes les espèces d’asclépiades 👉 Fleurs sauvages du Minnesota

LA plante des papillons monarques

L’asclépiade commune a un rôle vital dans la survie du papillon monarque (Danaus plexippus plexippus). Ce magnifique voyageur, qui parcourt des milliers de kilomètres entre le Canada et le Mexique, ne peut tout simplement pas vivre sans asclépiade.

Pourquoi ? Parce que l’asclépiade est sa plante hôte et sa source de nourriture :

  • La femelle monarque pond ses œufs exclusivement sur des feuilles d’asclépiade.
  • À l’éclosion, les jeunes chenilles se nourrissent uniquement de ces feuilles.
  • C’est aussi là qu’elles se cachent, grandissent, muent, et se transforment lentement en chrysalides.

Et ce n’est pas tout : en mangeant l’asclépiade, la chenille stocke dans son corps les fameuses molécules toxiques (les cardénolides). Résultat : elle devient elle-même toxique pour ses prédateurs !

Chenille du papillon monarque sur l'Asclépiade commune (Asclepias syriaca)

Le papillon adulte, lui, profite du nectar des fleurs mais n’est pas dépendant de l’asclépiade pour se nourrir.

Est-ce que la cueillette nuit au monarque ?

Les papillons femelles pondent leurs œufs sur les jeunes feuilles, et ce sont ces mêmes feuilles que les chenilles mangeront ensuite. On peut donc récolter les fleurs et les fruits (les gousses) sans nuire à la reproduction du monarque.

Que contient le latex toxique de l’asclépiade ?

Quand on casse une feuille, une tige ou une gousse d’asclépiade commune, un latex blanc et collant s’écoule presque immédiatement. C’est un système de défense chimique très efficace contre les herbivores.

Ce latex contient des cardénolides — aussi appelés hétérosides cardiotoniques.

Qu’est-ce qu’un cardénolide ?

Les cardénolides sont des composés naturels qu’on retrouve dans certaines plantes comme l’asclépiade et la digitale. Ils sont toxiques pour le cœur chez de nombreux animaux — y compris l’humain. Ils bloquent la pompe sodium-potassium des cellules.

Résultat : quand cette pompe est inhibée, le cœur peut battre plus fort… mais aussi de façon irrégulière.

🛑 Les symptômes possibles sont : arythmie, accélération ou ralentissement des battements cardiaques, palpitations, étourdissements. Et, ils peuvent également toucher la digestion : nausées, vomissements, diarrhée, crampes. Autres symptômes : irritation cutanée, rougeurs, maux de tête.

💊 Certains médicaments utilisés pour traiter l’insuffisance cardiaque sont justement dérivés de ces molécules. C’est le cas de la digoxine, extraite de la digitale. Les dosages doivent être très précis parce que la dose thérapeutique est très proche de la dose toxique.

🌿 En herboristerie, on évite d’utiliser les plantes contenant des cardénolides.

Cardénolides dans l’asclépiade commune

Le principal cardénolide identifié dans l’asclépiade commune (Asclepias syriaca) est la syrioside. Il s’agit d’un hétéroside stéroïdien, c’est-à-dire une molécule formée d’une partie stéroïde et d’un ou plusieurs sucres (la partie hétéroside).

💡 Cela signifie qu’une partie des cardénolides peut être extraite dans l’eau chaude — d’où l’importance de jeter l’eau de cuisson. Pendant la cuisson, les cardénolides migrent progressivement dans l’eau, ce qui permet d’en réduire la concentration dans la plante. Une double cuisson avec changement d’eau est donc fortement recommandée.

Peut-on manger l’asclépiade ?

Oui, bien préparée l’asclépiade est vraiment délicieuse ! 😋 Les Premières Nations consommaient l’asclépiade bien avant que l’on parle des cardénolides car ils savaient comment l’apprêter !

On peut manger :

  • Les jeunes pousses tendres, récoltées au printemps
  • Les boutons de fleurs
  • Les jeunes gousses de 4 à 5 cm de long (avant que les graines commencent à se former)

Préparation sécuritaire

Il est essentiel de bouillir l’asclépiade dans l’eau pour neutraliser les substances toxiques :

  1. On blanchit les parties récoltées dans l’eau bouillante pendant 5 minutes
    • Cela permet d’éliminer une partie du latex et des cardénolides.
    • Jeter l’eau.
  2. On cuit une deuxième fois dans de l’eau propre pendant 5 minutes
    • Cette double cuisson diminue encore la concentration en toxines.
    • À nouveau, jeter l’eau.

🍽️ Après cette préparation, les jeunes pousses peuvent être sautées à la poêle comme des asperges. Les boutons floraux se cuisinent comme des mini-brocolis — parfaits à la vapeur ou en accompagnement. Enfin, les jeunes gousses peuvent être ajoutées à des plats mijotés, ou panées et frites dans l’huile.

Recette de crêpes à l’asclépiade

Manger l'asclépiade, une recette de crêpes salées

🥞 Crêpes aux boutons floraux d’asclépiade

Une recette originale, savoureuse et sécuritaire pour découvrir l’asclépiade !

🌿 Ingrédients (pour 4 petites crêpes) :

  • 250 ml de boutons floraux d’asclépiade, cuits dans deux eaux (voir préparation ci-dessus)
  • 2 œufs
  • 2 oignons verts émincés
  • 80 ml de farine tout usage
  • 80 ml de fromage cottage
  • Sel, poivre au goût
  • Fines herbes fraîches ou séchées (ex. : ciboulette, thym, origan)

Il faut blanchir les boutons floraux dans de l’eau bouillante salée pendant 5 minutes. On jette l’eau. Et on cuit une seconde fois dans une eau propre pendant environ 5 minutes. On égoutte et on rince.

Dans un bol, mélanger tous les autres ingrédients jusqu’à obtention d’une pâte épaisse.

Ajouter les boutons floraux cuits. Mélanger grossièrement.

Faire chauffer un peu d’huile dans une poêle. Verser la pâte pour former 4 petites crêpes.

Pour terminer, on cuit à feu moyen environ 3–4 minutes de chaque côté, jusqu’à ce que les crêpes soient dorées et bien prises.

Références

Gérald Le Gal et Ariane Paré-Le Gal. Forêt, identifier, cueillir, cuisiner. Ed. Cardinal, 2019, 385p.

Espace pour la vie. Asclépiade commune.

Gazmend Skenderi. Herbal Made Vecum, Herbacy Press, New Jersey, 2003, 480 p.

One thought on “Asclépiade commune : toxique ou comestible ?

  1. Tellement intéressant! Merci d’avoir détaillé tous ces aspects importants. Bon appétit! 🙂

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